Botrytis cinerea
La pourriture grise : deux mots qui font frémir tout cultivateur de chanvre. Derrière ce fléau redouté se cache un champignon aussi fascinant que dévastateur, *Botrytis cinerea*, capable de réduire une récolte entière à une masse grisâtre et spongieuse en quelques jours. Comprendre cet adversaire, c'est déjà se donner les moyens de le contenir.
Portrait d'un champignon à double visage
Botrytis cinerea est un champignon filamenteux appartenant à la division des Ascomycota et à la famille des Sclerotiniaceae. On le classe parmi les champignons dits nécrotrophes : contrairement aux biotrophes, qui ont besoin de cellules vivantes pour se développer, il tue les tissus végétaux pour en extraire les nutriments. Une stratégie brutalement efficace.
Il faut savoir que le nom *Botrytis cinerea* désigne en réalité la forme asexuée du champignon (son anamorphe, autrefois classé parmi les deutéromycètes). Sa forme sexuée, bien plus discrète, s'appelle *Botryotinia fuckeliana*. Cette dernière peut être obtenue en conditions contrôlées au laboratoire, mais elle n'a été observée que très rarement dans la nature. La communauté scientifique n'a d'ailleurs pas encore tranché sur le nom définitif à retenir (Walker, 2013), ce qui explique pourquoi l'usage courant — et scientifique — privilégie *Botrytis cinerea*.
Son nom est évocateur : *botrytis* vient du grec *botrys* (grappe) et *cinerea* du latin *cinis* (cendre). Une référence directe à l'aspect poudreux et grisâtre des amas de spores qu'il produit en masse.
La pourriture grise : mécanismes d'une invasion
La pourriture grise est une maladie cryptogamique (c'est-à-dire d'origine fongique) que *Botrytis cinerea* provoque sur une liste impressionnante de plantes cultivées : vigne, tomate, fraise, tournesol, laitue… et chanvre, notamment le chanvre à usage médical ou à haute valeur ajoutée.
Comment le champignon s'installe
L'infection commence généralement par les parties les plus tendres ou les plus humides de la plante :
- Les fleurs et les pétales en décomposition
- Les blessures mécaniques (taille, vent, insectes)
- Les zones de tissu mort ou affaibli
Une fois installé, le mycélium pénètre dans les cellules végétales en sécrétant des enzymes de dégradation (pectinases, cellulases) qui désorganisent la paroi cellulaire. La plante est littéralement digérée de l'intérieur.
Les conditions qui favorisent son développement
*Botrytis cinerea* prospère dans des conditions bien précises :
- Humidité relative élevée (supérieure à 85 %)
- Températures comprises entre 15 et 20 °C (bien qu'il puisse se développer de 0 à 30 °C)
- Faible circulation d'air et luminosité réduite
- Denses feuillages ou inflorescences compactes qui emprisonnent l'humidité
Ce profil climatique correspond exactement aux conditions d'une serre mal ventilée en fin de saison, ou à une période de pluie prolongée en extérieur — deux situations que tout cultivateur de chanvre craint à l'approche de la récolte.
Le chanvre, une cible de choix
Le chanvre cultivé (*Cannabis sativa*) est particulièrement vulnérable à *Botrytis cinerea*, et ce pour une raison anatomique évidente : ses inflorescences denses et résineuses créent un microclimat idéal pour le champignon. L'air circule mal au cœur des têtes florales, l'humidité s'y accumule, et les premières spores trouvent là un terrain d'accueil parfait.
Les variétés sélectionnées pour leur forte production florale — notamment en chanvre à CBD ou en chanvre médical — sont souvent les plus exposées, car leur densité maximisée joue précisément en faveur du pathogène.
Les symptômes à surveiller :
- Apparition de taches brunes sur les inflorescences ou les feuilles
- Formation d'un duvet grisâtre (les conidiophores sporulant)
- Ramollissement puis nécrose des tissus touchés
- Propagation rapide vers les parties saines adjacentes
Une fois la pourriture grise installée au cœur d'une tête florale, il est souvent impossible de la sauver entièrement. La détection précoce est donc la clé.
Prévention et gestion en culture : ce que l'on peut faire
Face à un pathogène aussi opportuniste, la prévention reste la stratégie la plus efficace. Plusieurs leviers agronomiques permettent de réduire le risque :
- Optimiser la ventilation : en intérieur, des extracteurs d'air bien dimensionnés et une bonne circulation entre les plantes limitent les zones humides stagnantes.
- Contrôler l'hygrométrie : maintenir l'humidité relative en dessous de 50-60 % en phase de floraison réduit drastiquement les risques.
- Espacer les plants pour éviter les microclimats confinés.
- Pratiquer des effeuillages raisonnés pour améliorer la circulation d'air dans le feuillage dense.
- Éviter d'arroser le soir (en extérieur) et limiter l'eau stagnante sur les feuilles.
- Surveiller les blessures et les parties végétales mortes, portes d'entrée favorites du champignon.
Du côté des traitements, en agriculture biologique, des solutions à base de Bacillus subtilis ou de soufre font l'objet de recherches comme agents de biocontrôle. Des préparations à base de cuivre sont également utilisées dans certains contextes réglementés, bien que leur usage soit encadré et en réduction progressive.
L'autre face du champignon : quand la pourriture devient noble
Il serait injuste de ne retenir de *Botrytis cinerea* que son image de destructeur. Dans certaines conditions très spécifiques — alternance de matins brumeux et d'après-midis ensoleillés et secs — le même champignon se transforme en allié des vignerons.
C'est ce qu'on appelle la pourriture noble, qui concentre les sucres et les arômes dans les baies de raisin en réduisant leur teneur en eau. Ce phénomène est à l'origine de certains des vins liquoreux les plus réputés au monde : le Sauternes en Gironde, le Tokay (ou Tokaji) en Hongrie, ou encore certains vins allemands de type *Trockenbeerenauslese*.
Le même champignon, deux destins radicalement opposés : pourriture destructrice ou concentrateur d'exception, selon que le climat lui accorde ou non ses faveurs. Une belle illustration de la complexité du vivant.
En bref
- Botrytis cinerea est un champignon nécrotrophe responsable de la pourriture grise sur de nombreuses cultures, dont le chanvre ; sa forme sexuée *Botryotinia fuckeliana* reste très rare dans la nature.
- Il se développe préférentiellement par forte humidité et faible ventilation, ce qui en fait un risque majeur pour les inflorescences denses du chanvre en fin de floraison.
- La prévention (ventilation, hygrométrie, espacement des plants) est la stratégie la plus efficace ; des agents de biocontrôle font l'objet de recherches actives.
- Paradoxalement, ce même champignon est à l'origine de la pourriture noble, qui permet d'élaborer certains grands vins liquoreux comme le Sauternes.
Source
Rédigé à partir de : CC BY-SA 4.0 — cité, consultation interne.
Article rédigé par Weedypedia à partir de sources ouvertes, traduites et synthétisées. Contenu éducatif et de réduction des risques, sans allégation thérapeutique.