High Times
Depuis 1974, *High Times* incarne quelque chose de plus grand qu'un simple magazine : un choix éditorial radical, celui de parler du cannabis sans détour, à une époque où le sujet était encore tabou. Retour sur une institution qui a façonné la culture mondiale du cannabis — et qui continue de le faire.
Une naissance dans la contre-culture américaine
L'histoire commence en 1974, dans un New York bouillonnant d'idées nouvelles. Tom Forçade, journaliste underground et fondateur de l'Underground Press Syndicate, lance *High Times* avec une conviction simple : le cannabis mérite une presse qui lui soit entièrement dédiée. Le premier numéro, tiré à la façon d'un magazine parodique inspiré de *Playboy*, affiche ouvertement sa couleur — et ses herbes.
Le contexte est capital pour comprendre l'audace du geste. En 1974, le cannabis est classifié comme stupéfiant aux États-Unis (Schedule I, la catégorie la plus restrictive), et la guerre à la drogue lancée par Nixon bat son plein. Choisir de publier un mensuel pro-cannabis à cette époque, c'est un acte politique autant qu'éditorial. *High Times* ne se contente pas de parler de la plante : il milite activement pour sa légalisation, donnant une voix à des milliers de lecteurs qui se sentaient criminalisés pour leurs choix personnels.
Le magazine qui a tout osé
Ce qui distingue *High Times* des autres publications alternatives de l'époque, c'est sa capacité à marier fond et forme. Le magazine développe un journalisme d'investigation sérieux sur la politique des drogues, les libertés civiles et la culture psychédélique, tout en publiant des reportages photographiques sur des cultures de cannabis — une rubrique intitulée, sans détour, *Trans-High Market Quotations*, qui listait les prix du cannabis selon les régions du monde.
Rapidement, le titre attire des contributeurs de renom. Des journalistes, des romanciers, des musiciens y signent des articles, contribuant à donner au magazine une légitimité culturelle qui dépasse largement son sujet central. *High Times* devient un symbole countercultural, au même titre que *Rolling Stone* pour la musique rock.
Des rubriques qui font l'histoire
- Interviews de personnalités (musiciens, activistes, politiciens)
- Reportages sur les politiques mondiales de prohibition
- Guides pratiques sur la botanique du cannabis
- La désormais légendaire rubrique *Centerfold* — non pas de corps humains, mais de plants de cannabis photographiés avec soin
L'expansion d'un empire éditorial
Fort de son succès, *High Times* ne reste pas confiné au format papier. La marque se diversifie en deux directions complémentaires :
- High Times Books : une division éditoriale qui publie des ouvrages de fond sur le cannabis, la culture psychédélique et les libertés individuelles
- High Times Records : un label musical qui ancre la marque dans l'écosystème de la musique alternative et reggae, genres naturellement associés à la culture cannabis
Cette expansion illustre un choix stratégique clair : transformer *High Times* en écosystème culturel plutôt qu'en simple magazine. La marque ne veut pas seulement informer ses lecteurs ; elle veut les rassembler autour d'une identité commune, d'une appartenance revendiquée.
En 1988, *High Times* crée également la Cannabis Cup à Amsterdam — un concours annuel de sélection des meilleures variétés de cannabis, organisé aux Pays-Bas où les coffee shops sont tolérés. Cet événement devient l'une des références mondiales pour les sélectionneurs et amateurs éclairés, contribuant à documenter et populariser des cultivars (variétés génétiquement sélectionnées) qui structurent encore aujourd'hui le marché légal américain et canadien.
*High Times* à l'ère de la légalisation
Paradoxalement, le succès de la cause que *High Times* a portée pendant des décennies pose aujourd'hui un défi identitaire. Lorsque la légalisation du cannabis récréatif progresse aux États-Unis — aujourd'hui effective dans plus de 20 États —, que reste-t-il à défendre pour un magazine qui a toujours tiré son énergie de la contre-culture et de la résistance ?
La réponse de la marque est de se réinventer. Après plusieurs changements de propriétaires et une période financière difficile dans les années 2010, *High Times* se tourne vers un modèle mixte : presse spécialisée, événementiel (les Cannabis Cups continuent sous différents formats), contenus numériques et même tentatives de franchises de dispensaires (points de vente légaux) aux États-Unis.
Cette mutation soulève des questions légitimes sur l'âme originelle du projet : peut-on rester un média militant tout en devenant une entreprise commerciale dans l'industrie du cannabis légal ? Le débat agite les lecteurs historiques depuis plusieurs années.
Ce que *High Times* nous apprend sur le choix éditorial
Au fond, l'histoire de *High Times* est une leçon de positionnement éditorial. Choisir un sujet tabou, y consacrer toute une publication, et tenir ce cap pendant cinquante ans — c'est une forme de courage qui a des conséquences bien réelles.
Grâce (en partie) à ce type de médias, le débat public sur le cannabis a évolué. Des chercheurs ont pu publier leurs travaux dans un contexte moins stigmatisé. Des consommateurs ont eu accès à des informations de réduction des risques — dosages, modes de consommation, interactions — qui circulaient difficilement dans les médias traditionnels. Des législateurs ont été confrontés à une opinion publique mieux informée.
*High Times* n'a pas changé les lois à lui seul. Mais il a participé à créer l'espace culturel dans lequel ce changement est devenu pensable. Et ça, c'est le propre d'un bon choix éditorial : planter une graine, et observer ce qui pousse.
En bref
- Fondé en 1974 par Tom Forçade, *High Times* est le premier magazine entièrement dédié à la culture cannabis, né dans un contexte de prohibition et de contre-culture américaine.
- La marque s'est développée bien au-delà du magazine (livres, musique, événements comme la Cannabis Cup), devenant un véritable écosystème culturel.
- *High Times* a joué un rôle documenté dans la normalisation du débat public sur le cannabis aux États-Unis, en couvrant aussi bien les enjeux politiques que botaniques ou sociaux.
- Aujourd'hui en pleine mutation face à la légalisation croissante, la marque interroge la frontière entre militantisme et industrie commerciale — une tension qui traverse tout le secteur cannabis légal.
Références
Consulter la source officielle ↗ (sujet sensible : légal/médical)
Article rédigé par Weedypedia à partir de sources ouvertes, traduites et synthétisées. Contenu éducatif et de réduction des risques, sans allégation thérapeutique.