Glaucome
Le glaucome est l'une des premières causes de cécité irréversible dans le monde, et la pression intraoculaire reste sa principale cible clinique. Depuis les années 1970, une question intrigante circule dans les couloirs de la recherche : le cannabis, et plus précisément le THC, pourrait-il influencer cette pression ? Tour d'horizon d'une piste scientifique fascinante — et encore très incomplète.
Le glaucome et la pression intraoculaire : un peu de contexte
Le glaucome désigne un groupe de pathologies oculaires caractérisées par une dégénérescence progressive du nerf optique. Si ses causes sont multiples, la pression intraoculaire (PIO) élevée est considérée comme le principal facteur de risque modifiable. Cette pression résulte de l'équilibre entre la production et le drainage de l'humeur aqueuse, le liquide qui circule à l'intérieur de l'œil.
Les approches conventionnelles — collyres, laser, chirurgie — visent précisément à abaisser cette pression. C'est dans ce contexte que certains chercheurs se sont penchés, dès les années 1970, sur une observation anecdotique mais répétée : des consommateurs de cannabis rapportaient une modification de leur vision après consommation. Une coïncidence ? Peut-être pas.
Les premières observations : quand la recherche s'emballe (années 1970-80)
Tout commence avec des études pionnières publiées entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. Un article paru en 1978 dans les *Annals of Internal Medicine* documente que le Δ9-tétrahydrocannabinol (THC) — le principal composé psychoactif du cannabis — modifie la pression intraoculaire chez des sujets humains. C'est une observation sérieuse, menée dans un cadre contrôlé.
En parallèle, une étude de 1984 (*Cannabinoids in glaucoma II*) s'est intéressée à l'effet de différents cannabinoïdes sur la PIO chez des lapins. Les résultats montrent une réduction significative de la pression avec certains cannabinoïdes, ouvrant une fenêtre de réflexion sur le potentiel de cette famille de molécules.
Ces données ont alimenté un espoir réel dans la communauté scientifique. Mais elles ont aussi soulevé autant de questions qu'elles n'en résolvaient.
THC vs CBD : deux cannabinoïdes, deux comportements très différents
L'une des distinctions les plus importantes que la recherche a permis d'établir concerne la différence entre le THC et le cannabidiol (CBD). Ces deux molécules, bien que toutes deux issues du cannabis, n'agissent pas de la même façon sur la PIO.
- Le THC semble associé à une baisse de la pression intraoculaire dans plusieurs études, aussi bien chez l'humain que chez l'animal.
- Le CBD, en revanche, n'a pas montré d'effet similaire dans les premières études humaines des années 1970. Plus troublant encore, une étude publiée en 2018 (*Δ9-Tetrahydrocannabinol and Cannabidiol Differentially Regulate Intraocular Pressure*) menée sur des rongeurs a observé que le CBD pourrait, dans certaines conditions, augmenter transitoirement la pression intraoculaire.
Ce résultat invite à une grande prudence : l'idée que « le cannabis » en général serait uniforme dans ses effets sur l'œil est une simplification trompeuse. La composition, la voie d'administration et la dose comptent énormément.
Les études cliniques chez l'humain : des résultats mesurés
Qu'en est-il des essais cliniques chez l'être humain ? Une revue publiée en 2018 sur l'efficacité du cannabis dans des études randomisées contrôlées (*Therapeutic Benefit of Smoked Cannabis in Randomized Placebo-Controlled Studies*) confirme qu'une réduction de la PIO est observable chez certains sujets après consommation de cannabis fumé.
Un article de 2021 (*The Relationship Between Plasma Tetrahydrocannabinol Levels and Intraocular Pressure in Healthy Adult Subjects*) pousse l'analyse plus loin : il explore la corrélation entre les taux plasmatiques de THC et la PIO chez des adultes sains. Les données suggèrent une relation entre la concentration de THC dans le sang et la variation de pression observée.
Mais — et c'est un « mais » de taille — ces études font face à plusieurs obstacles :
- L'effet sur la PIO semble court et transitoire : quelques heures seulement.
- Pour maintenir une pression basse de façon continue, il faudrait des administrations très fréquentes, incompatibles avec une vie quotidienne normale.
- Les effets systémiques du THC (psychoactivité, tachycardie, dépendance potentielle avec un usage prolongé) représentent des inconvénients non négligeables.
- Les populations étudiées sont souvent limitées en taille, et les protocoles varient d'une étude à l'autre.
Récepteurs cannabinoïdes et œil : comprendre les mécanismes
Pourquoi le THC agirait-il sur la pression intraoculaire ? La réponse réside en partie dans la biologie de l'œil lui-même. Des récepteurs cannabinoïdes — notamment les récepteurs CB1 — ont été identifiés dans plusieurs structures oculaires, y compris le corps ciliaire, responsable de la production de l'humeur aqueuse, et le trabéculum, impliqué dans son drainage.
L'activation de ces récepteurs par le THC pourrait :
- Réduire la production d'humeur aqueuse
- Faciliter son évacuation
Ces pistes mécanistiques, explorées notamment dans la revue *Cannabis and Glaucoma: An Ancient Legend or a Novel Therapeutic Horizon?*, ouvrent des voies de recherche sur des molécules ciblant ces récepteurs localement — sans nécessairement passer par la consommation de cannabis.
En bref
- Le THC a été associé, dans plusieurs études (humaines et animales, depuis les années 1970), à une réduction de la pression intraoculaire, mais cet effet est court et transitoire.
- Le CBD présente un profil différent, et certaines données chez l'animal suggèrent même un effet opposé à court terme : la prudence s'impose sur les conclusions hâtives.
- Les obstacles pratiques (fréquence d'administration, effets psychoactifs, manque d'essais cliniques à grande échelle) empêchent à ce jour de tirer des conclusions définitives sur l'intérêt de cette piste.
- La présence de récepteurs cannabinoïdes dans l'œil reste une voie de recherche pharmacologique active, distincte de la question de la consommation de cannabis en elle-même.
Références & études citées
- Cannabis, 1977 — Annals of internal medicine (1978) ↗
- Δ9-Tetrahydrocannabinol and Cannabidiol Differentially Regulate Intraocular Pressure — Investigative ophthalmology & visual science (2018) ↗
- Therapeutic Benefit of Smoked Cannabis in Randomized Placebo-Controlled Studies — Pharmacotherapy (2018) ↗
- Cannabinoids in glaucoma II: the effect of different cannabinoids on intraocular pressure of the rabbit — Current eye research (1984) ↗
- The Relationship Between Plasma Tetrahydrocannabinol Levels and Intraocular Pressure in Healthy Adult Subjects — Frontiers in medicine (2021) ↗
- [CANNABIS AND GLAUCOMA: AN ANCIENT LEGEND OR A NOVEL THERAPEUTIC HORIZON?] — Harefuah (2015) ↗
Article rédigé par Weedypedia à partir de sources ouvertes, traduites et synthétisées. Contenu éducatif et de réduction des risques, sans allégation thérapeutique.