Sclérose en plaques & spasticité
La sclérose en plaques peut transformer chaque geste du quotidien en véritable épreuve, notamment à cause des spasmes musculaires qui raidissent le corps. Le nabiximols — un spray buccal à base de cannabinoïdes — fait depuis une décennie l'objet d'une attention scientifique croissante pour cette indication précise. Plongée dans un sujet à la croisée de la neurologie, de la phytochimie et de la réduction des risques.
La sclérose en plaques et la spasticité : un fardeau souvent sous-estimé
La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune du système nerveux central dans laquelle la gaine de myéline — cette enveloppe isolante qui protège les fibres nerveuses — est progressivement endommagée. L'un des symptômes les plus invalidants qui en découle est la spasticité : une rigidité ou des spasmes musculaires involontaires qui toucheraient entre 60 et 80 % des personnes atteintes de SEP à un stade ou un autre.
Cette spasticité n'est pas simplement inconfortable. Elle peut :
- Perturber le sommeil de manière significative
- Rendre la marche difficile voire impossible
- Engendrer des douleurs chroniques
- Nuire à l'autonomie et à la qualité de vie globale
Les options disponibles — baclofène oral, tizanidine, benzodiazépines — sont efficaces pour certains patients, mais une part non négligeable d'entre eux présente une spasticité réfractaire, c'est-à-dire résistante aux traitements classiques. C'est précisément dans ce contexte que le nabiximols a commencé à être étudié sérieusement.
Qu'est-ce que le nabiximols ? Comprendre la molécule
Le nabiximols (commercialisé sous le nom de Sativex®) est un extrait standardisé de cannabis, présenté sous forme de spray oro-mucosal (pulvérisation sous la langue ou sur la muqueuse buccale). Sa particularité : il contient un ratio approximatif 1:1 de THC (delta-9-tétrahydrocannabinol) et de CBD (cannabidiol), les deux principaux cannabinoïdes de la plante.
Contrairement à une consommation de cannabis non standardisée, le nabiximols offre :
- Une dose précise et reproductible à chaque pulvérisation
- Une absorption par voie muqueuse, plus progressive qu'une voie inhalée
- Un profil pharmacocinétique mieux contrôlé, utile dans un contexte médical
Sur le plan mécanistique, les cannabinoïdes agissent sur le système endocannabinoïde, un réseau de récepteurs (CB1, CB2) et de molécules de signalisation présent dans tout l'organisme, y compris dans les circuits nerveux impliqués dans le contrôle moteur. Des travaux recensés dans *Cannabinoids and the expanded endocannabinoid system in neurological disorders* rappellent que ces récepteurs jouent un rôle dans la modulation de la transmission synaptique — ce qui explique l'intérêt de les cibler dans des pathologies comme la SEP.
Ce que disent les études : un tableau contrasté mais cohérent
Des essais cliniques encourageants sur la spasticité
Un essai clinique randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo — publié pour évaluer l'effet du spray nabiximols sur les mesures cliniques de la spasticité chez des patients SEP — a montré une amélioration significative des scores de spasticité déclarés par les patients par rapport au groupe placebo. Ces résultats portaient principalement sur la réduction des spasmes douloureux et de la raideur musculaire ressentie.
Important à souligner : cette amélioration concernait le confort musculaire perçu, sans effet démontré sur la progression de la maladie elle-même ni sur l'amélioration fonctionnelle globale du patient. La nuance est essentielle pour ne pas sur-interpréter les données.
Un consensus émergent sur l'usage en complément
Une méta-analyse systématique d'essais cliniques randomisés (*Nabiximols is Efficient as Add-On Treatment for Patients with Multiple Sclerosis Spasticity Refractory to Standard Treatment*) conclut que le nabiximols présente un intérêt en tant que traitement adjuvant — c'est-à-dire utilisé en complément d'autres approches — chez les patients dont la spasticité ne répond pas suffisamment aux options standard.
Ce positionnement en "add-on" est également celui retenu par les recommandations européennes analysées dans une revue systématique des guidelines nationaux et régionaux, qui documentent une convergence vers l'utilisation du nabiximols chez des profils de patients sélectionnés, après échec des premières lignes.
Dix ans de recul clinique
Un bilan de dix années d'utilisation en pratique clinique réelle (*Evidence-based management of multiple sclerosis spasticity with nabiximols oromucosal spray in clinical practice: a 10-year recap*) apporte un éclairage précieux : les données de vraie vie confirment globalement les tendances des essais, tout en soulignant l'importance de la sélection des patients, du suivi régulier et de la gestion des effets indésirables potentiels (vertiges, somnolence, sécheresse buccale).
Cadre légal et prescription : où en est-on ?
En France, le nabiximols est classé comme médicament stupéfiant, soumis à une prescription médicale stricte et encadré par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Il ne s'agit en aucun cas d'un produit en vente libre ou assimilable aux fleurs de CBD disponibles dans le commerce.
Son accès est réservé aux patients adultes atteints de SEP présentant une spasticité modérée à sévère réfractaire, après avis spécialisé. Ce cadre strict distingue clairement le nabiximols :
- Des produits à base de chanvre (CBD ≤ 0,3 % THC) légalement disponibles
- Du cannabis récréatif, illégal en France
- Des compléments alimentaires à base de cannabinoïdes, sans statut médical
L'ouvrage *Cannabinoids: Therapeutic Use in Clinical Practice* rappelle d'ailleurs que la rigueur du cadre réglementaire est indissociable de l'utilisation responsable de ces substances dans un contexte de soin.
En bref
- Le nabiximols est un spray buccal à ratio THC:CBD standardisé, étudié depuis plus d'une décennie dans la spasticité liée à la sclérose en plaques.
- Les données disponibles suggèrent une réduction des spasmes musculaires perçus chez certains patients, sans effet établi sur la progression de la SEP ni sur l'amélioration fonctionnelle globale.
- Son usage est positionné comme adjuvant (en complément) chez les patients en échec des options classiques — pas comme une alternative de première intention.
- En France, il reste un médicament stupéfiant sur prescription, sans lien avec les produits CBD du marché grand public.
Références & études citées
- Evidence-based management of multiple sclerosis spasticity with nabiximols oromucosal spray in clinical practice: a 10-year recap — Neurodegenerative disease management (2022) ↗
- A systematic review of European regional and national guidelines: a focus on the recommended use of nabiximols in the management of spasticity in multiple sclerosis — Expert review of neurotherapeutics (2022) ↗
- Nabiximols is Efficient as Add-On Treatment for Patients with Multiple Sclerosis Spasticity Refractory to Standard Treatment: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomised Clinical Trials — Current neuropharmacology (2023) ↗
- Cannabinoids: Therapeutic Use in Clinical Practice — International journal of molecular sciences (2022) ↗
- Cannabinoids and the expanded endocannabinoid system in neurological disorders — Nature reviews. Neurology (2020) ↗
- A randomized, double-blind, placebo-controlled trial to evaluate the effect of nabiximols oromucosal spray on clinical measures of spasticity in patients with multiple sclerosis — Multiple sclerosis and related disorders (2024) ↗
Article rédigé par Weedypedia à partir de sources ouvertes, traduites et synthétisées. Contenu éducatif et de réduction des risques, sans allégation thérapeutique.