Tetrahydrocannabiphorol
Le THCP ? Pendant des décennies, les scientifiques pensaient avoir fait le tour des cannabinoïdes majeurs. Puis, en 2019, une équipe italienne a bouleversé ce tableau en isolant une molécule naturelle dont la puissance potentielle dépasse de loin celle du THC classique. Bienvenue dans l'ère des cannabinoïdes rares.
Une découverte qui a secoué la recherche cannabinoïde
L'histoire du tétrahydrocannabiphorol (THCP) commence véritablement en septembre 2019, lorsqu'une équipe de chercheurs italiens de l'Università del Piemonte Orientale publie une étude retentissante dans la revue *Scientific Reports*. Leur travail, financé en partie par le Conseil national de la recherche italien, documente pour la première fois l'isolement naturel du THCP à partir d'un échantillon de *Cannabis sativa* — une variété italienne développée à des fins légales et réglementées.
Jusqu'alors, le THCP était connu uniquement comme un homologue synthétique du THC, créé en laboratoire pour des besoins de recherche fondamentale. Sa présence à l'état naturel dans la plante était simplement… inconnue. Ce n'est pas que personne n'avait cherché : les outils analytiques disponibles avant l'essor de la spectrométrie de masse à haute résolution couplée à la chromatographie liquide (UHPLC-MS/MS) ne permettaient tout simplement pas de détecter des molécules présentes en si faibles concentrations.
La concentration naturelle du THCP dans la plante reste en effet extrêmement basse, de l'ordre de quelques dixièmes de milligramme par gramme de matière végétale sèche. Rien à voir avec le THC ou le CBD, présents en pourcentages significatifs dans certaines variétés.
La structure moléculaire : tout est dans la chaîne alkyle
Pour comprendre pourquoi le THCP suscite autant d'intérêt scientifique, il faut plonger un instant dans sa structure chimique — promis, on reste accessibles.
Le THCP est un phytocannabinoïde de la famille des cannabinoïdes perhydro, très proche du Δ9-THC sur le plan structural. La différence clé ? La longueur de sa chaîne alkyle latérale. Là où le THC classique possède une chaîne de cinq atomes de carbone (d'où son nom chimique complet), le THCP en compte sept. Ce détail en apparence mineur change tout.
En chimie des récepteurs, la longueur de cette chaîne conditionne directement :
- La capacité de la molécule à s'insérer dans le site de liaison du récepteur
- L'affinité de liaison (mesurée par la constante Ki)
- La durée et l'intensité potentielle de l'interaction
Les recherches ont montré expérimentalement que la longueur optimale pour une liaison maximale aux récepteurs cannabinoïdes se situe autour de huit atomes de carbone. Le THCP, avec ses sept carbones, se rapproche bien davantage de cet optimum que le THC standard à cinq carbones.
Un agoniste CB1 et CB2 d'une affinité remarquable
Le THCP est un agoniste des deux principaux récepteurs du système endocannabinoïde : CB1 (principalement présent dans le système nerveux central) et CB2 (davantage associé au système immunitaire et aux tissus périphériques).
Dans les études de liaison in vitro publiées par l'équipe de 2019, le THCP présente une affinité pour le récepteur CB1 environ 33 fois supérieure à celle du Δ9-THC. Pour CB2, l'affinité serait environ cinq fois plus élevée. Ces chiffres sont issus de mesures de déplacement radioligand en conditions contrôlées — il s'agit d'une mesure d'affinité, pas d'une mesure d'effet in vivo chez l'humain, nuance fondamentale à garder en tête.
Des expériences préliminaires sur modèles murins rapportées dans la même étude ont observé des effets typiques de l'activation cannabinoïde (hypothermie, analgésie, catalepsie dans le test de la plaque chaude) à des doses inférieures à celles requises pour le THC. Ces données animales constituent une piste de recherche, pas une conclusion applicable directement à l'humain.
Ce que l'affinité ne dit pas
Une affinité de liaison élevée ne se traduit pas automatiquement en un effet proportionnel chez l'être humain. La biodisponibilité, le métabolisme hépatique (notamment via le cytochrome P450), la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique et la tolérance individuelle sont autant de variables qui modulent le résultat final. La recherche sur le THCP en est encore à ses balbutiements, et les études cliniques humaines font à ce jour défaut.
Statut légal : une zone grise à naviguer prudemment
Le cadre réglementaire autour du THCP est, disons-le franchement, complexe et mouvant. En France, comme dans la plupart des pays de l'Union européenne, le THCP n'est pas listé nominativement dans les tableaux des stupéfiants au moment de la rédaction de cet article — mais cela ne signifie pas qu'il échappe à tout contrôle.
Plusieurs points de vigilance :
- En France, la législation sur les stupéfiants peut s'appliquer via des clauses générales visant les substances à effets psychoactifs analogues aux substances classées
- L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) surveille l'émergence de nouveaux cannabinoïdes
- Dans certains pays européens (Allemagne, Autriche, Suisse), le THCP fait l'objet de restrictions explicites ou de procédures de classification accélérée
- Sur le marché du CBD, des produits revendiquant la présence de THCP circulent ; leur statut légal exact dépend de la teneur totale en THC et de la réglementation nationale applicable
La prudence s'impose donc, tant pour les consommateurs que pour les professionnels du secteur cannabinoïde légal.
Ce que la science cherche encore à comprendre
Le THCP est une molécule récente sous l'angle de la recherche systématique. Les grandes questions ouvertes incluent :
- Son profil métabolique précis chez l'humain (quels métabolites produit-il, à quelle vitesse ?)
- Les interactions potentielles avec d'autres médicaments ou substances
- Son comportement dans le cadre de l'effet d'entourage (la synergie hypothétique entre cannabinoïdes et terpènes)
- La variabilité de sa concentration selon les chimiotypes de cannabis et les conditions de culture
- Son éventuelle présence dans d'autres espèces végétales de la famille des Cannabaceae
La communauté scientifique dispose désormais d'outils analytiques suffisamment fins pour traquer ces molécules rares. Les prochaines années devraient apporter des réponses substantielles.
En bref
- Le THCP (tétrahydrocannabiphorol) est un phytocannabinoïde naturel isolé pour la première fois en 2019 dans *Cannabis sativa*, présent à l'état de traces.
- Sa chaîne alkyle à sept carbones (contre cinq pour le THC) lui confère une affinité de liaison aux récepteurs CB1 environ 33 fois supérieure à celle du THC classique, selon les mesures in vitro disponibles.
- Les données actuelles proviennent essentiellement d'études in vitro et animales ; aucune conclusion sur les effets humains ne peut être tirée à ce stade.
- Son statut légal reste flou dans de nombreux pays, y compris en France, et évolue rapidement : à surveiller de près.
Source
Rédigé à partir de : CC BY-SA 4.0 — cité, consultation interne.
Article rédigé par Weedypedia à partir de sources ouvertes, traduites et synthétisées. Contenu éducatif et de réduction des risques, sans allégation thérapeutique.